Hervé, agriculteur à Brandéha (Allaire)

Quatre agriculteurs font vivre la ferme de Brandéha, à Allaire. La volonté de ces producteurs : faire fonctionner un modèle le plus autonome possible. Hervé Guillemot, un des associés, nous explique. (Version longue de l’article paru dans le magazine de Novembre-décembre 2020)

Photos : Patrick Gaudin

De gauche à droite : Christian Baron, Hervé Guillemot, Christophe et Sébastien Baron

Hervé, peux-tu nous présenter la ferme de Brandèha, dont tu t’occupes avec trois associés ?

La ferme, ce sont 185 hectares éclatés sur 4 sites : 50, 42 et 25 hectares, plus 45 ha dans les marais de Vilaine. Si tout était regroupé, ça serait mieux, moins de temps sur les routes avec nos tracteurs, moins de carburant dépensé, une meilleure valorisation du pâturage…

Pourquoi votre ferme a cette configuration ?

C’est le fruit de l’histoire ! Ici, à Brandéha, c’est le siège de la ferme si on peut dire. C’était la ferme des parents de Christophe qui l’a reprise en 1988. Elle était alors en conventionnel et était une ferme proche de la moyenne de l’époque : 27 ha et une vingtaine de vaches.

En 2002, Christophe est passé en bio. Je l’ai rejoint en 2004. La ferme avait alors 70 hectares et 48 vaches laitières. Le lait a toujours été le cœur de l’activité. Sébastien, cousin de Christophe, qui avait repris en 2002 la ferme de ses parents à quelques kilomètres d’ici, nous a rejoints en 2009. Notre ferme est alors passée à plus de 150 ha, avec le choix de développer une activité viande, dix bœufs par an élevés au pâturage et destinés à la vente directe, un peu de culture de céréales et une augmentation du troupeau laitier, passant à 70 vaches.

Christian, lui, nous a rejoints en 2012, sans que la ferme agrandisse la voilure si ce n’est la reprise d’un verger de 2 ha et le lancement de notre jus de pommes.

Retrouvez la ferme de Brandéha dans le Guide des producteurs locaux du Pays de Redon, en cahier détachable du numéro de novembre-décembre 2020 ou sa version en ligne :

www.cactus-paysderedon.fr/2020/11/01/un-guide-pour-connaitre-les-producteurs-locaux-du-pays-de-redon/

Votre idée, c’est vraiment l’autonomie !

C’est ça. Dès leur installation, chacun de leur côté, Christophe et Sébastien souhaitaient aller vers un système très autonome, c’est-à-dire un système dans lequel on a un lien important au sol, dans lequel ce qui sort de la ferme est produit avec ce qu’on est capable de produire.

On essaye de valoriser au mieux avec la surface existante. Aujourd’hui, on a 85 vaches laitières et 25 boeufs pour la viande. Nous avons adapté notre troupeau à notre surface. Sur 185 hectares, 155 servent à faire pousser l’herbe qui est la base de l’alimentation de nos bêtes.

Vous êtes un peu atypique quand même… Toi, tu as été postier pendant près de 25 ans avant de venir travailler ici avec Christophe, Christian a travaillé pendant 17 ans chez Bic avant de vous y rejoindre.

On est sans doute atypiques mais pas tant que ça… On vit dans un environnement social dans lequel on est actifs. Christophe a été président 9 ans du groupement de producteurs qui collecte notre lait (Biolait), il est président de la CUMA locale (coopérative de matériel agricole), Sébastien est actif au sein du Groupement des Agriculteurs Biologiques du Morbihan. On s’entraide avec nos voisins agriculteurs, notamment au moment de l’ensilage de maïs en septembre ou quand on récolte le foin dans les marais.

Tu t’apprêtes à partir en retraite. Comment tes associés vont faire ?

Benoît, le fils de Christophe, a depuis plusieurs années exprimé son souhait de revenir sur la ferme où il a grandi. Il va arriver avec son propre regard et une expérience intéressante puisqu’il est ingénieur agronome. L’organisation va sûrement évoluer, même si l’idée d’avoir chacun une polyvalence (on trait tous les 4 par exemple) restera je pense tout en ayant une responsabilité (parc matériel, culture, élevage…).

C’est super que la transmission se fasse car, pour moi, le plus important, c’est que dans le milieu agricole, on garde la valeur travail.

C’est-à-dire ?

Au début des années 70, sur Allaire, il y avait plus de 200 fermes. Aujourd’hui, il doit en rester une trentaine. La plupart du temps, le couple y travaillait. Il ne faut pas idéaliser, tous n’étaient pas heureux de travailler à la ferme. Mais, vu le coût humain et environnemental du modèle agricole dominant, il y a une nécessité de relocaliser des emplois agricoles. De faire le choix de l’humain plutôt que celui de l’intensification de la mécanisation.

(1)L’agriculture Biologique suit un cahier des charges excluant tout traitements et engrais chimiques, ce qui n’est pas le cas du conventionnel.

Cet article est paru dans le magazine papier Cactus – Pays de Redon et son numéro 36 (novembre-décembre 2020) :

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