Jeanne Chanal : une énergie salvatrice

Engagée dans un projet de création d’un lieu d’accueil pour enfants à Bains-sur-Oust, Jeanne a découvert in extremis qu’elle avait une leucémie foudroyante en mai 2023. Aujourd’hui, son projet est toujours d’actualité. Encore plus ancré désormais dans ce lieu qu’elle fait évoluer depuis ses 23 ans et qu’elle veut partager plus largement.

Au milieu des chèvres, moutons, poules... Jeanne fait évoluer ce lieu dans les marais de Bains-sur-Oust. Photo : Cactus-Pays de Redon

« Pour moi, j’ai eu une super chance de pouvoir profiter d’un cadre de vie top, vivifiant, proche de la nature, quand d’autres personnes croisées pendant mes séances de chimio à Nantes devaient rentrer chez elles, souvent en appartement, sans pouvoir aller respirer dehors tout simplement… »

Et voici Jeanne résumée -par elle-même- en quelques phrases ! Cette maison en bout de longère située dans la campagne Bainsoise, elle l’a toujours rêvée ouverte, partagée. Depuis son achat -un peu par hasard à 23 ans et contre l’avis de sa mère- jusqu’à aujourd’hui, 9 ans après. L’idée première de cette jeune femme, accroc à l’action, « un peu boulimique même ! », est de créer une petite ferme avec des animaux, à l’image de ce qu’ont fait ses parents avec des races anciennes. Le lieu coche pas mal de cases : il comporte des dépendances, 3 hectares de prairies attenantes et un verger de 4000 m².

Toujours à l'affût d'idées, Jeanne récupère la laine de ses brebis d'Ouessant qu'elle tond elle-même, laine qui est ensuite cardée par sa grand-mère et tricotée par Jeanne. Un cercle vertueux et un moyen supplémentaire d'investir le lieu qu'elle façonne depuis 9 ans. Photo : Cactus-Pays de Redon

« J’ai eu mal à une dent »

Des boucs, des chèvres, des moutons d’Ouessant, puis des poules arrivent progressivement. Jeanne imagine alors développer plusieurs activités. En premier, une activité agricole avec un élevage de moutons, pour valoriser la laine et le tricot, une passion familiale. Puis dans un second temps, accueillir différents publics par le biais de séjours solidaires : des enfants placés en famille d’accueil (par exemple par le dispositif « Accueil paysans ») ou par le biais d’associations, qui aimeraient passer du temps à la campagne avec des animaux, puis des familles avec peu de moyens.

« Petit à petit, cela prenait forme, raconte Jeanne. Je travaillais alors comme auxiliaire de vie scolaire à l’école Saint-Jugon à La Gacilly (de 2015 à 2022) auprès des enfants ayant des besoins spécifiques. Pendant les petites vacances scolaires, je travaillais à l’usine Mix Buffet à Guer, et au printemps et l’été, je bossais sur des festivals de musique partout en France. Tous les sous que je pouvais mettre de côté servaient à rénover la maison qui était dans un état de décrépitude totale. »

"Je ne sortirais pas de l’hôpital avant la fin juin !"

Le gros des travaux est effectué par Jeanne et ses amis. Rien ne lui fait peur. Mais, le chantier avançant, il faut faire appel à des entreprises pour réaliser certains travaux. « Je me suis mise en quête d’un prêt bancaire, raconte-t-elle. Début 2023, les choses suivaient leur cours, j’avais déjà la tête dans les festivals que j’allais encore découvrir quelques mois plus tard… Et puis, début mai, j’ai eu mal à une dent. Le mal s’empire. Ma mâchoire est enflée. Je me décide à me rendre aux Urgences pour avoir quelque chose qui me soulage. Je ne sortirais pas de l’hôpital avant la fin juin ! »

"Depuis que je suis tombée malade, j'accepte plus les temps de calme, je suis plus dans le lâcher prise, quand, avant, je tapais dans le dur..." Photo : Cactus-Pays de Redon

« Non, madame, il ne s’agit pas d’une carrie ! » Le médecin de garde qui reçoit Jeanne à côté des Urgences de Redon est très inquiet. Un second avis tombe tout aussi inquiétant : celui du médecin urgentiste sollicité par le premier.

Deux prises de sang ne laissent plus vraiment de doute : il y a urgence à transporter la jeune femme au CHU de Nantes. « On me dit que mon pronostic vital est engagé », se rappelle Jeanne. Première chimiothérapie à 5 heures du matin. Installation en chambre stérile… Les informations tombent comme un couperet. Et le mot claque : leucémie foudroyante.

« On me dit que si je survie au traitement, on pourra parler de guérison. Et pas de simple rémission. Ca m’a marqué d’ailleurs. Enfin, par chance, j’ai bien supporté le traitement qui s’est poursuivi une fois sortie de l’hôpital par des séances de chimio pendant plus d’un an en ambulatoire. »

Jeanne, avec son débit "mitraillette", raconte sa maladie

C’est donc lors de ces séances que Jeanne fait plusieurs rencontres qui l’ont particulièrement touchée. Comme cette maman seule dans l’impossibilité matérielle de prendre des vacances avec ses enfants. « Je me suis alors dit que mon lieu pourrait également accueillir des personnes malades. Vu mon travail qui est désormais éducatrice en vie scolaire à l’internet à l’ISSAT à Redon, j’ai toujours un rythme qui me permettrait d’être assez disponible pour les familles que je pourrais accueillir. »

C’est sûr qu’avec un environnement naturel aussi sympa, le halage à proximité, plein de chemins à emprunter à pied ou en vélo, la compagnie des animaux dont les pensionnaires auraient tout loisir de s’occuper… on imagine sans peine comment Jeanne pourrait faire profiter de son cadre de vie, ce qui aurait évidemment des conséquences positives sur le mental des enfants et leurs parents.

Jeanne en compagnie de son chien et d'une des chèvres qu'elle élève. Photo DR

Mais, il y a encore du travail pour rendre la maison suffisamment confortable. L’aménagement de l’étage est une priorité. L’intervention d’entreprises est désormais nécessaire, même si Jeanne a fait beaucoup, même de l’électricité avec l’aide d’un ami ! Pas le choix : la contraction d’un prêt bancaire est le passage obligé.

Une cagnotte de 8000€ relance le projet !

C’est malheureusement sans compter sur le système bancaire qui ne fait pas grand cas des personnes présentant des maladies graves comme le cancer bien sûr. « Toutes mes demandes de prêt bancaire ont été annulées. Pendant que j’étais en traitement, c’était impossible. Et puis, en 2024, j’ai tenté de négocier, en vain. Je vis seule, je suis donc le seul emprunteur possible… »

« J’ai ruminé un peu désespérée pendant un an et puis, mes amis m’ont poussé ! On a lancé une cagnotte participative. Contre toute attente, j’ai réussi à collecter 8000€ ! Avec des subventions obtenues grâce à un dossier monté avec la Maison de l’Habitat et l’aide de deux amis qui me prêtent de l’argent, je vais pouvoir engager les travaux ! »

Photo DR

Les travaux doivent démarrer incessamment. Jeanne est aussi dans les préparatifs de prochains événements qui vont contribuer à ouvrir et faire découvrir son lieu à encore plus de monde. En effet, depuis mai 2025, la mini-ferme est devenu un mini-centre culturel avec du théâtre à la ferme (une 2ème édition est prévue en juin) et un bal de musique folk et trad’, le balOustTrad’ (prochain bal en septembre prochain).

Jeanne a créé deux associations pour structurer et organiser les choses : « La guinguette de Jeannette » (pour les événements culturels) et « L’accueillette de Jeannette » (pour l’hébergement social).

> Cet article a été publié (en version plus courte) dans le numéro de mars-avril 2026 du magazine Cactus-Pays de Redon

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A retrouver en version papier dans le numéro de mars-avril 2026

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