Il y a mille et une façons de pêcher au Pays des sept rivières. Les pêcheurs professionnels ont quasiment disparu, mais la pratique loisir reste bien vivante.

A chacun sa façon de traquer le sandre, le brochet, le gardon, l’ablette, la brème, la carpe, la perche, l’anguille, voire le black-bass ou même le silure, ce monstre prédateur dépassant parfois les cent kilos. J’aurai pu opter pour la pêche au carrelet, au carnassier munis de trois ou quatre lancers, pour le concours avec une super canne Garbolino super G10 de 14 mètres cinquante à plus de 4000 euros, à la pratique du street-fishing au milieu du brouhaha urbain ou encore au sonar, mes yeux de poète rivés sur mon ordinateur dans mon embarcation au milieu de la Vilaine. Je pourrais choisir de dormir au bord de l’eau sous la tente en attendant cette belle grosse carpe qui bataillera ferme pour se laisser haler, épuisée sur la berge humide de la rosée du matin. Non moi, je suis ce que l’on appelle un pêcheur du dimanche. Un pêcheur pépère, celui qu’on raille les jours d’élections. On a beau être petit bras dans le domaine halieutique, il n’en faut moins préparer sa sortie. Tout est dans la préparation. Ne rien oublier, surtout ne rien oublier. Vérifier son matériel. Les lignes prêtes à l’emploi bien rangées dans une boîte de galettes bretonnes, les hameçons eux dans une boîte de cigarillos, la sonde, le dégorgeoir, le couteau, l’épuisette, la filoche, les piquets pour maintenir les cannes, deux ou trois chiffons, le pliant et le chapeau. Ah, j’allais oublier les lunettes. Important les lunettes pour réparer l’hameçon, surtout après soixante ans. Mais pas de bonne partie de pêche sans se munir la veille de trois doses d’appât spécial fond et de deux cuillérées d’asticots.
Un bon pêcheur est un lève-tôt, c’est ce que me disait mon grand père. Pas question de transgresser les traditions familiales. Ce sera donc départ avant le lever du soleil pour rejoindre les bords du Don, permis en poche, des fois que des hommes en kaki viennent rôder vers mon coin de pêche.
Petite angoisse avant d’arriver. Et si un gars plus matinal que moi s’était installé à Ma place. Ouf la place est libre, accueillante et brumeuse dans la lumière sombre d’un soleil encore rouge. Si le plus important après tout n’était pas les poissons, mais seulement ce silence, ce parfum douceâtre d’eau de rivière, ce vol de héron ou de martin-pêcheurs, puis les chants des oiseaux, les trilles de l’alouette, le chant de la mésange charbonnière ou du coucou. Sans bruit, je m’approche de la rivière. Tout semble endormi, une légère brume flotte au dessus de l’eau. Je vais troubler le silence en jetant quelques boules d’appât. Il ne me faut que quelques minutes pour m’installer et sonder le fond. Le premier asticot embroché, je lance ma ligne à quelques longueurs des nénuphars. Le bouchon à tête fluo suit un léger courant. Des bulles pétillantes éclatent en surface, l’appât fait son effet. Le bouchon semble frémir puis s’enfonce en saccades et disparaît. Je ferre, la résistance est bien là. Le voilà mon premier poisson, un beau petit gardon qui va attendre ses congénères au fond de ma filoche. La journée s’annonce radieuse. Le soleil, lui, est bien levé et me chauffe de ses premiers rayons. Ma casquette du Stade rennais est la bienvenue. La matinée s’écoule. Aujourd’hui, c’est jour de chance, la pêche est bonne. Il y a même un gros qui a cassé ma ligne montée trop fin. Midi arrive. Moi mon appât c’est melon, saucisson, œuf dur, abricot. Je mords à pleine dents dans ces denrées au goût d’été tout en surveillant quand même mon bouchon des fois que…
Est-ce le soleil trop chaud ou peut être ce vent d’ouest qui s’est levé, mais les touches s’espacent et le poisson devient plus rare. Qu’importe la journée s’écoule paisiblement. Et ce soir, ce sera friture de gardons et d’ablettes avec un petit coup de blanc. Les petits, les trop gros, les brèmes seront remis à l’eau. Ils reviendront peut être rôder autour de ma ligne lors de ma prochaine sortie.
Ce soir en m’endormant le bouchon fluo dansera encore devant mes yeux.
Jacques Quinton
| Conseils pratiques
Carte de pêche adulte : environ 73,00 euros, 95,00 pour une carte interdépartementale. Carte découverte femme : 32,00 euros Moins de 18ans : 20,00 euros Moins de 12ans : 6,00 euros Fédération de pêche 35 : www.federationpeche.fr/35/ Fédération de pêche 44 : www.federationpeche44.fr Fédération de pêche 56 : www.federationpeche.fr/56/ |