La ferme de la Morinais que gèrent désormais Samia et Pierre-Louis à Bains-sur-Oust est familiale depuis 1889. Le restaurant (appelé auberge avant sa reprise par le couple) existe depuis 1988 « seulement ». La Morinais est donc d’abord une ferme. Samia et Pierre-Louis préfèrent même parler d’« espace à préserver ». Rencontre.
Il faut parfois faire le tour du monde pour finir par se poser. Là où tout a commencé pour Pierre-Louis (il est né ici) ; sur une terre éloignée de Besançon pour Samia mais sur laquelle la jeune femme s’investit comme fermière et biologiste. « Chemin faisant » comme ils le disent tous les deux, l’installation à la suite de Josiane et Nicolas, les parents de Pierre-Louis, est devenue une évidence.
Le chemin a emprunté bien des lieux. Pour Pierre-Louis, ces lieux représentent la carte des conflits majeurs qui agitent le monde : Afghanistan, Syrie, Irak, Soudan du sud, Yémen, Liban… Logisticien pendant une petite dizaine d’années pour des ONG, il a multiplié les missions humanitaires sur des terrains très durs. Un travail très intense, avec une difficulté à prendre du recul tant les situations auxquelles il est confronté s’enchaînent avec leur lot de détresse humaine.
En parallèle, subrepticement, une autre musique prend de l’ampleur dans l’esprit de Pierre-Louis : « l’amour du lieu, la Morinais ».
De la Palestine à la Morinais
S’ils se sont rencontrés lorsqu’ils étaient tous les deux étudiants, Samia et Pierre-Louis ont en commun d’avoir beaucoup voyagé. Pour Samia, c’est la Palestine où elle a l’occasion de mettre en pratique ce qu’elle a appris pendant son Master en Biologie, option gestion des espaces naturels dans le cadre d’une mission de coopération scientifique.
Après de nombreuses expériences de « woofing » en France, où Samia découvre un peu plus le milieu agricole, cette dernière devient bergère. Sa réflexion chemine aussi. En même temps que grandit l’envie de s’installer, le besoin de « s’ancrer », comme ils disent tous les deux, se manifeste de plus en plus.
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5ème génération
Après près de trois ans de réflexion, le départ en retraite des parents de Pierre-Louis est l’occasion qu’il ne faut pas rater. Le couple entend poursuivre la longue histoire de la ferme, il veut continuer à faire évoluer le lieu. Tout en restant en agriculture biologique, qui fait partie de l’ADN des 48 hectares.
C’est désormais la 5ème génération. Le cœur de la ferme reste la polyculture et l’élevage. Mais, à la fin des années 80, Josiane et Nicolas ont pris un grand virage en arrêtant la production de lait en « circuit long ». Fini les habituelles « prim’holstein », bonjour les vaches Nantaises. « Mes parents ont voulu se diversifier en optant pour de plus petites productions, en privilégiant les races locales, avec aussi le porc Blanc de l’ouest, avec en point de mire l’agro-tourisme et l’ouverture d’un camping et du restaurant à la ferme en 1988 », explique Pierre-Louis.
Priorité aux races locales
En 2021, le jeune couple reprend la ferme. A Samia l’activité agricole, à Pierre-Louis le restaurant. Avec son brevet de responsable d’entreprise agricole et son expérience en ferme et en élevage, Samia pilote la création d’un atelier brebis qui compte une soixantaine de mères (des Landes de Bretagne). Objectif : 100 mères. Les agneaux nés et élevés (au minimum 9 mois) à la Morinais sont ensuite abattus et servis par Angélique au restaurant de la ferme. Et à partir de l’automne prochain, ils seront en plus proposés en vente directe.
Même processus pour les volailles (là encore des races locales, avec des Noirs de Challans et des Coucous de Rennes) : les 1500 poulets élevés par an sont préparés par Calixte et Appoline en cuisine. Et, de façon régulière à partir de l’automne prochain, ils seront proposés en vente directe. « Ces deux espèces sont, ce qu’on appelle, à croissance lente, précise Samia. On les élève entre 5 et 7 mois, ce qui correspond à deux mois de plus que la norme en bio. C’est donc un choix fort, car bien sûr, cela représente plus de céréales. Derrière ce choix, il y a un gros travail de notre part puisque nous sommes à environ 80 % de leur alimentation qui proviennent de la ferme. La qualité nutritionnelle et gustative de la viande est à ce prix pour nous, sans parler de l’impact de ce mode de production sur la biodiversité. »
Sur 3500 m2, la maraîchère Menehould fait pousser des légumes. Autour de 90 % d’entre eux sont destinés au restaurant. Selon un mode proche de la permaculture, avec un travail non mécanisé et sur planches permanentes, et des semences non-hybrides, la petite équipe « s’amuse » en expérimentant des variétés anciennes, souvent moins productives mais, comme le dit Samia, « gustativement intéressantes ».
En toute logique, au restaurant, ce qui n’est pas produit sur la ferme provient en très grande partie de producteurs du pays de Redon. « On fait une cuisine du pays de Redon au final ! », souligne Pierre-Louis.
Le restaurant à la ferme est ouvert du jeudi soir au dimanche midi (sauf vendredi midi). Il est conseillé de réserver sur le site www.fermelamorinais.com/ ou au 06 52 08 80 38
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A retrouver dans le numéro de mai-juin 2023