Anne-Pii et Jacky ont créé une petite ferme de 3000 m2 à Peillac il y a un an. Au départ imaginée pour leur propre alimentation, la micro-ferme fournit finalement plus de produits qui sont vendus en circuit court. Rencontre.
La micro-ferme « Où le bourdon’est » est ouverte depuis début 2021. C’est sur une surface de 3000 m² que Jacky et Anne-Pii y cultivent un jardin potager et entretiennent un verger en permaculture, pour leur propre production, mais aussi pour vendre les surplus sous forme de produits transformés : des tisanes, des fruits et légumes stérilisés, lactofermentés, des chutneys, pickles, des compotes, des confitures, etc…
La ferme ouvre ses portes chaque dernier samedi du mois, et propose une gamme de produits à prix libre.
Lors de leur premier jardin ouvert, ils ont été surpris d’accueillir plus de 100 visiteurs !
Jacky a été exploitant agricole pendant vingt ans. Tout d’abord, il a travaillé avec son frère dans le bassin de Rennes, puis il s’est mis à conduire les vergers individuellement, en faisant de la transformation et de la vente directe.
En migrant dans le pays de Redon, lui et sa famille ont l’idée de créer une maison écologique et autonome en eau et en énergie. Puis, il entreprend une longue marche en direction de Saint-Jacques de Compostelle (au nord-ouest de l’Espagne). Jacky se retrouve face à lui-même dans ce périple de 75 jours de marche. C’est alors qu’il fait la rencontre de Anne-Pii.
Vivre dans la sobriété
Anne-Pii, elle, est née à Stockholm (Suède) mais a vécu une partie de sa vie d’adulte en Estonie, sa nationalité d’origine, où elle tenait un magasin d’ustensiles de cuisine. Elle était aussi enseignante de taï-chi et venait de finir une école de soin énergétique. Motivée par ces valeurs et l’envie de s’engager dans une logique de décroissance, elle prend elle aussi le chemin de Compostelle sur lequel elle va faire la rencontre de Jacky.
«Je rêvais de vivre à la campagne, d’être autonome, d’avoir mes légumes, raconte Anne-Pii. L’hiver est long en Estonie, j’ai toujours pensé que j’aimerais vivre où le temps est plus chaud et où il y a plus de soleil».
Leur installation commune à Langon est une première expérience dans le jardin en permaculture que Jacky avait déjà créé. Cela leur donne l’envie de démarrer un projet d’autonomie alimentaire ensemble. Ils découvrent alors la Bourdonnaie, sur Peillac. Le lieu, qu’ils vont rebaptiser Où le bourdon’est, semblait propice à ce qu’ils voulaient faire, avec ce terrain de 3000 M2 et la présence d’arbres fruitiers qui finissent de les convaincre de s’y installer.
Ils ont passé tous les deux la cinquantaine d’années et considèrent qu’il est plus facile alors de mettre en place un tel projet. Moins d’obligations familiale, moins de besoins… «Vu notre âge, c’est plus facile de partir sur des projets comme ça. Un jeune qui démarre, qui a un projet d’autonomie, pour faire vivre une famille, c’est plus compliqué», soulignent-ils.
L’idée est «d’arriver à une fin de carrière plus douce», comme ils disent. Leur objectif est aussi d’avoir un «travail plaisir». «On vit de notre inertie. On a besoin d’un minimum d’argent pour vivre dans la sobriété».
Le projet tel qu’il existe actuellement n’est pas celui imaginé au départ. Le couple est arrivé avec l’idée d’atteindre leur propre autonomie alimentaire mais il s’est rendu compte que la production dépassait ses besoins. Il est toujours possible de donner ses excédents, mais Anne-Pii et Jacky doivent aussi subvenir à leurs autres besoins.
D’où l’idée progressive de créer une micro-ferme. Elle leur permettra de vendre les produits excédentaires à prix libre. Des containers qu’ils avaient installés avant le démarrage du projet ont pu rester sur place, ce qui leur permet de pouvoir travailler dans de bonnes conditions.
«C’est vrai que si petit soit le projet, la crédibilité de celui-ci fait sourire. Il est bien évident que pour de la production de masse, ce principe de production n’est pas à la hauteur dans le court terme, mais ce mode de production résilient permet naturellement d’enrichir le sol, tout en prélevant pour se nourrir. C’est le fonctionnement de la forêt. Dans chaque commune, il y a de nombreuses fois des parcelles de 3000 m2, et donc de nombreux projets potentiels. A travers ce projet, il n’est pas question de dire comment faire, mais de donner envie de faire autrement car la planète a besoin que l’on change nos pratiques afin de moins impacter notre passage sur la terre.»
Anne-Pii et Jacky considèrent que dans leur mode de production, il est difficile de se mettre en réseau (notamment pour la vente des produits), car leur production est diverse, variée et tellement irrégulière. De plus, la vente à la ferme permet de créer du lien social autour du jardin. La vente se fait chaque dernier samedi du mois et s’accompagne d’un échange sur les pratiques au jardin.
«On entend souvent des gens qui, en partant du jardin, se disent : ça donne envie de planter ! Pour nous, c’est que du bonheur d’entendre cela.»
Des jeunes ou des moins jeunes en reconversion
L’objectif est de faire un «jardin forêt» qui, par principe, est beaucoup plus respectueux de la vie et permet de recréer différents écosystèmes. «Nous voyons arriver des petits animaux dans le jardin, car nous laissons des herbes spontanées qui font appel à pleins d’insectes pollinisateurs différents. La vie génère la vie.» Et la micro-ferme est devenue un peu l’animation du village ; les voisins connaissent le rendez-vous mensuel et prêtent mains fortes au bon fonctionnement de cette journée.
Jacky et Anne-Pii sont aujourd’hui persuadés qu’il y a d’espoir, parce qu’ils constatent que beaucoup de gens ont des initiatives, des micro-projets, notamment des jeunes ou des moins jeunes en reconversion. «La vie est parfois trop courte pour réaliser certains projets mais pour ne pas avoir de regret, il faut faire les choses en conscience et ainsi, chaque jour est bon à vivre pour se réaliser.»
Marie-Jo Menozzi
Cet article est le fruit d’une rencontre initiée par Marie-Jo Menozzi pour le compte du Conseil de développement du pays de Redon.
Marie-Jo et des bénévoles de cette association locale ont recensé une centaine d’initiatives de transition. Sous le terme de « transition », le groupe a cherché à répertorier d’abord des actions concrètes engagées pour «décarbonner» nos manières de vivre, c’est-à-dire diminuer les émissions de CO2. Comment ? En inventant d’autres manières de faire, si possible avec de nouvelles belles histoires à raconter. Une initiative de transition, c’est aussi «faire ensemble» et non pas chacun dans son coin. C’est une façon de repenser la manière dont on peut être solidaires les uns avec les autres, notamment au niveau local. Pour cela, il faut que tous et toutes puissent avoir «un pouvoir d’agir», de pouvoir mettre soi-même en place des actions. C’est une façon de mettre en action un changement qu’on a choisi, plutôt que de devoir subir les changements climatiques à venir.
Pour contacter le Conseil de développement :
contact@cdrecon.bzh
Micro-ferme Où le bourdon’est, 11, La Bourdonnaie, Peillac. Vente à la ferme le dernier samedi du mois.
06 30 39 60 12
Retrouvez cet article dans le magazine Cactus-Pays de Redon et son numéro de janvier-février 2022