Guillaume, le jardinier troubadour : « Je voulais m’ancrer dans la terre »

Depuis 6 ans, à Langon, Guillaume Schmidt travaille d’arrache-pied pour produire et vendre des légumes tout en recherchant un équilibre avec son envie d’être autonome sur le plan alimentaire comme énergétique. Le pari est audacieux, mais surtout courageux tant être autonome a coût élevé. Rencontre.

Guillaume travaille en privilégiant au maximu des outils manuels, comme ici. Photo DR

A 45 ans, Guillaume travaille depuis qu’il a 14 ans. Plus de 30 ans durant lesquels il enchaîne des métiers difficiles. « Mon premier métier, c’était boulanger-pâtissier, appris sans doute par atavisme familial puisque mes parents avaient une boulangerie… », raconte-t-il. Assez rapidement, le jeune homme, alors costarmoricain, prend le chemin de l’industrie agro-alimentaire, avant de devenir tour à tour barmaid, videur, cariste et chauffeur-routier, d’abord en national, puis en régional pour « pouvoir avoir une vie de famille avec ma femme et notre enfant ».

Le potager qu’il fait chez lui alors, c’est juste pour avoir ses propres légumes. Mais, après avoir bien bourlingué et changé plusieurs fois de lieux de vie, la quarantaine arrivant, Guillaume se voit bien maraîcher à plein temps. « Je voulais développer un projet pour m’ancrer dans la terre ! ». En 2018, il suit une formation au Rheu (près de Rennes) et obtient un Brevet Professionnel Responsable d’Entreprise Agricole.

"On trouve la solution avec ce qu’on a"

La rencontre avec son voisin actuel, Gaëtan, déclenche la suite de l’aventure. « Disposant de terres près de sa maison dans la campagne de Langon, il m’a proposé de tester mon projet, explique Guillaume. J’ai donné le premier coup de fourche en mars 2020. » Parti sans capital financier, ni matériel ; travaillant une prairie au sol tassé, argileux et comptant beaucoup de cailloux ; non issu du milieu agricole et, accessoirement installé en plein COVID : ils ne sont probablement pas nombreux ceux qui auraient parié un Euro sur le projet de Guillaume !

Aujourd'hui, Guillaume peut compter sur deux serres. Une troisième serait la bienvenue pour faciliter les rotations entre les cultures. Photo DR

Lui pourrait répondre : « ça tombe bien ! De vos euros, je n’en veux point ! » Guillaume est ainsi : à force d’abnégation, de persévérance et d’un sens aigü de la débrouillardise, on trouve la solution avec ce qu’on a, ce qu’on peut. « Ca fait partie du jeu, du système que j’ai voulu et qui repose sur l’autonomie et le respect de l’environnement dans lequel je suis installé. »
« Oui et après ? », serait-on tenté de lui rétorquer, car les mots, Guillaume, qui s’est baptisé le «Jardinier troubadour», les cultive bien aisément.

Comme beaucoup est fait à la force des mains, Guillaume invite régulièrement des bonnes volontés à aider durant un chantier participatif. Photo DR

C’est maintenant que le maraîcher se lève de sa chaise et invite à aller visiter les 1,48 hectares dont il a la charge.

« Tu vois, les deux premières années, je devais transporter l’eau comme je pouvais, je n’ai pu financer un forage que la troisième année… Comme il n’y avait aucune infrastructure sur place, que tout était à créer, le côté positif est que je peux faire selon mes priorités mais la contrepartie est que ça demande plus de temps. Le seul outil motorisé que je m’autorise est le motoculteur. Heureusement que j’en ai un, même s’il tombe souvent en panne : il m’a permis au début de décompacter le sol, ça m’a allégé grandement le travail. Je ne fais pas de labour avec pour autant. »

Intarissable sur la nature et le maraîchage, Guillaume aime profiter de son organisation assez souple pour tester des cultures et surtout des associations de végétaux. Photo DR

« Enfin, le fait ne pas être mécanisé me permet d’associer des espèces qu’on n’associe pas généralement, comme le céleri et la betterave. C’est comme ça que je travaille : je fais avec le peu de moyens dont je dispose et dont je veux disposer pour ne pas me mettre en situation de dépendance, et cela entraîne forcément une nécessaire adaptation pour, à la fin, sortir les légumes qu’il faut pour pouvoir vendre et fournir la cantine de la commune par exemple. Tout cela me permet aujourd’hui d’affiner mon planning des cultures. Des carottes toute l’année, c’est utile pour la cantine. Mais faire des pommes de terre et des choux, qui demandent beaucoup de temps pour moi qui travaille seul et sans mécanisation, plus une grande surface, n’est pas adapté à mon activité. Résultat : je ne fais ces légumes qu’en primeur ! »

Ca vous dit, une balade paysanne ?

Envie de poursuivre la rencontre et goûter les produits de Guillaume ? Rendez-vous au marché qu’il organise tous les samedis matin sur place (Les jardins de Faix à Langon) à partir du 24 avril. Les autres informations sur ses points de vente sont à retrouver dans l’édition 2026 de notre Guide des producteurs du pays de Redon (inclus dans ce numéro).

Les 6 et 7 juin, le festival des Balades paysannes est un moyen de rencontrer Guillaume mais aussi Véronique et Sylvie de la Ferme Buissonnière (voir notre guide), Marie et Claudio de La Case d’ici, Aurélie de l’écolieu la Riolais ou encore Elyse et Yohann de L’armoire aux jeux (parc de jeux en bois insolites) et La biennerie (micro-ferme pédagogique)… 8 lieux à visiter à pied, vélo ou cheval !

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A retrouver (en version papier) dans le numéro de mai-juin 2026

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