Sorya est membre du collectif « Semaines d’infos Santé Mentale » qui organise chaque année à Redon cet événement. Outre la force du témoignage qu’elle livre ici sur la santé mentale en général, sa parole en tant qu’artiste engagée illustre parfaitement le thème choisi cette année par le collectif : l’importance de l’art pour notre propre santé mentale, à titre préventif comme thérapeutique.
« Je ne sais pas à quel moment de ma vie, l’art a été un moyen de m’exprimer pour sortir ce qu’il y avait de problématique pour moi, mais si je n’avais pas trouvé cet exutoire, ça aurait été plus difficile… »
Les paroles de Sorya, qui se présente comme « personne psychiatrisée et artiste », sont claires, précises, le débit calme. Pourtant, le parcours qu’elle dévoile au fur et à mesure de l’entretien est dur. Ses jeunes années ? « Perdues ! Entre mes premières crises à 13 ans et l’internement de 6 mois subi quand j’avais 17 – 18 ans… J’allais entrer en classe de Terminale dans une filière technique qui m’intéressait. Il a fallu que je reprenne ma scolarité dans un lycée classique. » La prise en charge médicale ? « J’ai eu des troubles psychiques agravés du fait de l’internement » La vie dans la société ? « Dès qu’on a eu des problèmes de ce type, on est stigmatisé. On subit une triple peine : on est victime de quelque chose dont on n’est pas responsable –moi de violences sexuelles et sexistes ; on est médicalisé et on subit les conséquences de cette médicalisation ; et enfin on nous rend responsable indirectement de tout ça, en nous culpabilisant quand on prend mal son traitement par exemple. »
Une démarche artistique complète
Cet univers oppressant, que Sorya décrit, elle a réussi à vivre avec, notamment grâce à la musique (elle débute le piano à 3 ans) et au dessin depuis ses 5 ans. « J’ai toujours dessiné. » A tel point qu’au lycée, elle choisit une filière qui lui permet de développer sa part artistique, contrariée par sa prise en charge psychiatrique comme indiqué plus haut. Mais, le dessin est une nécessité pour Sorya et, en 2018, elle édite sa première bande dessinée, le tome 1 d’une série intitulé « En errance. Aux racines ».
« Cela faisait 17 ans que j’avais commencé à travailler sur ma première bande dessinée, précise l’autrice. Qui ajoute : Je pensais être dans une bonne passe au moment de la sortie du tome 1, mais j’ai connu une grosse rechute… ce qui a reculé l’édition du tome 2 qui s’appelle « Le tunnel ». On est désormais en 2026 et je cherche toujours à financer sa sortie. Pendant cette période, je me suis mise à la musique. Du coup, le projet a un peu évolué et engloble la BD, un mini-album et un clip ! »
Une BD fantastique / horrifique, des morceaux de chanson française « électro sombre », signés « La violette épineuse », nom de Sorya la musicienne. Deux modes d’expression pour un même besoin d’« exutoire ». Mais, de cet univers très personnel construit à partir du rapport de l’autrice au passage à l’âge adulte, symbolisé par « un monde sauvage dont on ne comprend pas les règles », mais aussi de ses colères et de ses frustrations, le récit s’est élargi et a pris de la hauteur.
« Ce qu’on pense être normal ne l’est peut-être pas pour une autre personne, partage-t-elle. Il faut douter de ses propres certitudes. » Un beau pied de nez à tous ceux qui enferment celui qui semble différent. « L’art, c’est aussi dévoiler une grande partie de son intimité, mais je pense que c’est nécessaire pour faire avancer la société et lever pas mal de tabous. »
Le programme complet des Semaines d'infos Santé mentale du 3 au 19 octobre
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Le collectif est composé de plusieurs acteurs locaux : Mission locale, hôpital, ville de Redon, Département d’Ille-et-Vilaine, la Bicoque café culturel, le tiers-lieu Le Parallèle (dont Sorya fait partie)…
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A retrouver (en version papier) dans le numéro de septembre-octobre 2026