Il y a 10 ans, Manuel Rousseau a créé une entreprise innovante à Théhillac pour restaurer nos milieux naturels. Son métier ? Récolter des graines en milieu sauvage, les faire germer et élever pour enfin les ré-implanter. Une véritable aventure.
Les quelques rayons de soleil traversent les fenêtres du local. Il faut même que Clara, en stage alors, tourne un peu le dos pour pouvoir trier correctement les graines de poirier sauvage. Le travail est minutieux. Mais c’est là une des étapes importantes qui permettra d’optimiser le taux de germination. Ce qui sera conservé sera placé dans plusieurs frigos, avec chacun une certaine température pour pouvoir imiter les saisons. Puis, les graines germées obtenues seront élevées sur place avant d’être plantées. Après 1 à 3 ans de pousse, les arbustes seront réimplantés sur le lieu de plantation définitif.
Pour un bon voisinage
Mais, si l’on décrit ainsi le long processus de production des végétaux, on oublie l’essentiel. Ce qui fait même la richesse et l’originalité du travail initié voilà 10 ans par Manuel Rousseau : la collecte en milieu sauvage ! Le pépiniériste montre alors une grande carte du pays de Redon et de ses alentours fixée sur un mur de son bureau qui, avec l’appui d’un logiciel de cartographie, lui permet de recenser les zones préservées des grandes modifications paysagères du dernier siècle.
« Je me suis mis en recherche de ce type d’endroits où je pourrais prélever des graines de végétaux originaires du secteur, pour pouvoir repartir d’une génétique locale et adaptée, explique Manuel. L’idée est de s’appuyer sur cette ressource génétique pour restaurer un paysage capable de répondre aux enjeux écologiques. »
Avant de mettre en pratique cette approche, Manuel s’est formé (d’abord en obtenant un BTS « Gestion et protection de la nature » puis d’autres diplômes en génie écologique et en technicien des milieux aquatiques) et a beaucoup appris en travaillant pendant 10 ans comme guide nature et comme saisonnier dans le milieu agricole : pour les vendanges, la taille de vignes, ou encore au sein du conservatoire de l’Office National des Forêts à Guémené-Penfao qui est connu pour son travail de sélection et de culture d’essences d’arbres adaptées aux évolutions climatiques.
Des lieux incroyables
A force d’être dans la nature, le jeune pépiniériste constate que « les écosystèmes sont fatigués ». Ses connaissances et ses observations lui font penser qu’il faut recourir aux variétés existantes localement. Mais encore faut-il dénicher les bonnes souches génétiques alors que l’environnement a connu de grands bouleversements depuis l’après-guerre avec le remembrement et la modernisation de l’agriculture.
Lui, le petit gars natif de la région de Nozay va rencontrer Daniel Loquet, paysan aujourd’hui à la retraite originaire de Fay-de-Bretagne. « Daniel vit avec l’arbre depuis qu’il est enfant, il en a une connaissance sensible qui se fait rare depuis la disparition de la polyculture – élevage et son bocage. Quand je l’ai interrogé, il m’a fait découvrir des endroits incroyables, très préservés. »
La relation amicale vient de se traduire par la rédaction par Manuel de la préface du livre « Histoire de haies, histoire de vie » (éditeur Edicop), un ouvrage collectif largement inspiré par le parcours de Daniel Loquet.
Une préface qui débute comme une invitation :
« Vous est-il arrivé, au détour d’un chemin de vieux bocage, d’être saisi d’une furieuse envie de vous y asseoir pour l’éternité ? Je vous le souhaite de tout cœur ! »
Espace-test agricole – Cranhouët – Théhillac
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A retrouver en version papier dans le numéro de janvier-février 2026