Des logements privés détériorés, des entreprises et commerces fortement impactés, des voiries et autres biens publics abîmés : le bilan des inondations survenues fin janvier est conséquent. Le monde associatif est touché également. Illustration avec la MAPAR : une structure d’hébergement de jeunes dont un des deux sites Redonnais, situé au « Château du Mail » dans le quartier du port, est fortement fragilisé.
La pérennité des 73 logements sur ce lieu est même remise en question.
Après l’eau, il reste la vase. Jeudi 6 février, 4 jours après le retrait de l’eau, le rez-de-chaussée du « Château du Mail », ce manoir imposant du 17ème siècle et son ancien parc, est recouvert d’une couche de terre. 10 logements, sur les 31 que compte le « château », ont été remplis d’eau : de 40 cm à près d’1 mètre à certains endroits, à cause du phénomène de capillarité. Trois d’entre eux, en première ligne de la crue de la Vilaine car tout à l’angle de la rue du Plessis et du quai Duguay-Trouin, ont même été confrontés à des turbulences qui ont mis à terre lits et meubles surélevés par des parpaings.
A l’arrière du manoir, on change de style de construction, mais les dégâts sont aussi très importants, avec des conséquences plus embêtantes. 42 logements en bois construits (avant 1988, une année déjà marquée par des inondations importantes) dans l’ancien jardin du château et appelés « Les Châtaigniers », sont directement impactés. 14 comprenant la chambre et la cuisine en rez-de-chaussée ont été entièrement inondés ; les 28 autres, avec la chambre à l’étage et la cuisine et la salle de bain en bas, ont donc été inondés partiellement mais ils sont rendus inoccupables. Le 19 février, au moment de la rédaction de cet article, aucun résident n’avait pu être accueilli à nouveau.
Il faut attendre l'expert de son assurance
Après l’urgence qui a demandé à l’équipe de la MAPAR, aidée par celle de Noria Formation (un centre de formation locataire de salles au Château), d’évacuer 66 résidents en moins de trois heures et de mettre le plus possible à l’abri leurs affaires et meubles, est venu le temps du constat des dégâts et le commencement du nettoyage. Ce jour-là, Alan est venu vider son logement qu’il loue depuis janvier 2024. Ce jeune chauffeur-routier a la chance d’avoir pu aller chez son frère à St-Nicolas-de-Redon. « Je ne peux pas y rester indéfiniment, raconte-t-il à Elodie, travailleuse sociale à la MAPAR. Mais, je dois attendre le passage de l’expert. » Avec 60 cm d’eau dans son logement, toutes ses affaires entreposées sur son canapé, lui-même surélevé sur des parpaings, ont été touchées.
Le 3 février, Cactus découvrait l'étendue des dégâts au Château du Mail et sur les logements dits des Châtaigniers, avec son directeur, Bruno Chéron. La vidéo a été diffusée sur notre page Facebook puis sur notre page Youtube.
Deux mois de séchage
Pour Bruno Chéron, le directeur, et son équipe, les questions et les problèmes arrivent tous en même temps. Sur le plan matériel et technique, il faut s’organiser, entreposer dans une salle (qu’il faut d’abord nettoyer) tout ce qui peut être récupéré chez les résidents. Mais, pour cela, il faut d’abord contacter chaque jeune, le convaincre de laisser les salariés aidés de bénévoles de l’association vider son logement s’il ne peut pas venir vite. Sinon, il faut attendre.
Ensuite, il va falloir installer des déshumificateurs électriques. « On part pour 2 mois de séchage », prévient Philippe, le responsable technique. A condition de parvenir à brancher les appareils à l’étage puisqu’au rez-de-chaussée, le technicien annonce : « il n’y aura pas de remise en marche avant une vérification scrupuleuse du réseau électrique, prise par prise ».
Une reconversion du site ?
Sur le plan humain, c’est un véritable casse-tête qui se pose : quelles solutions de relogement proposer en attendant un retour sur place ? L’hôtel, le transfert dans une chambre à partager avec d’autres dans la résidence de Chantebel, voire le départ pour une autre structure d’hébergement à Vannes ou Rennes, sans même parler d’une possible installation dans un logement du parc privé (la MAPAR n’étant en théorie qu’un passage avant une complète autonomie) : le panel de solutions est restreint. Le 19 février, il manquait encore une vingtaine de places pour reloger les résidents.
Quant à l’avenir de la MAPAR sur ce site du château du Mail… A très court terme, le directeur s’interroge sur les conséquences financières pour l’association : « comment va-t-on couvrir la perte d’exploitation avec la suspension du prélèvement des loyers à compter de la 4ème semaine de janvier, alors qu’on va avoir une facture d’électricité énorme pour chauffer et sécher les logements et des travaux de remise en état ? » Et à plus long terme, Bruno Chéron se pose ouvertement la question du maintien de l’activité sur le site : « les logements en bois vont nécessiter des travaux de réfection importants, mais cela en vaut-il la peine vu ces inondations qui nous impactent à chaque fois ? »
L’interrogation n’est pas nouvelle. Après la fermeture définitive de l’usine Garnier (en 1980), la ville de Redon acquiert le château du Mail. L’urgence est de le protéger des squats et des dégradations. Puis, la commune le met à disposition de la SA HLM Les Foyers (devenue SA d’HLM BSB-Les Foyers) dans le cadre d’un bail emphythéotique signé au milieu des années 1980 pour une durée entre 18 et 99 ans (1). Cette dernière fait construire les logements en bois et rénove le château ; en 1988, la MAPAR accueille ses premiers jeunes sur ce site en en devenant le gestionnaire. L’association paie un loyer à l’office HLM pour couvrir l’emprunt contracté.
Depuis plusieurs années, l’association est en quête d’un autre lieu pour cause de vétusté des bâtiments… et en raison de leur vulnérabilité aux inondations bien sûr. Sans succès jusqu’à aujourd’hui. A moins que ce nouvel épisode d’inondations vienne accélérer le transfert ? La question est plus que pertinente. Le projet « Confluences 2030 », vaste projet urbain d’aménagement qui concerne notamment la Croix des marins, imagine la reconversion de l’espace où se trouvent les logements en bois. Une « prairie » viendrait redonner au jardin du château sa fonction naturelle et redonner du lustre à l’ensemble architectural. (Voir les deux images ci-dessous)
Vous avez dit "emphythéotique" ?
Mais, le projet défini dans le cadre de Confluences 2030 soulève de nombreuses questions. Si elle le souhaite, comment la Ville peut-elle récupérer son bien et, surtout, dans quelles conditions ? Résilier un tel bail -si cela était nécessaire- n’est pas simple. Fin 2024, la Ville et BSB-Les Foyers se sont entendus sur une indemnité de 450 000 €, que la Ville paiera à l’entreprise, pour résilier un autre bail emphythéotique, signé en 1985 pour une durée initiale de 55 ans. L’objectif de cette opération était de permettre à la collectivité locale de retrouver la pleine jouissance de terrains situés entre l’arrière du château du Parc-Anger et la rue Lucien Poulard, terrains sur lesquels la société d’HLM avait fait construire 35 logements à la fin des années 80.
Un scénario qui pourrait ressembler à la situation du château du Mail, bien qu’il existe des différences notables.
L’autre question pour la MAPAR est bien sûr : quitter le site du château mais pour aller où et avec combien de logements ? Le pays de Redon est en déficit criant de locatifs. Et les jeunes ne sont pas les mieux lotis pour en dénicher un auprès des propriétaires privés. Il ne s’agirait pas de réduire le nombre de logements géré par la structure d’hébergement.
Le problème du logement en général est bien sûr délicat car il renvoie à des décisions d’ordre urbanistique et financier ; mais, une chose est sûre : ces inondations n’auront pas amélioré la situation.
1) Nous n’avons pas réussi à obtenir des informations précises malgré plusieurs sollicitations adressées aux différentes parties.
La MAPAR pour un accompagnement vers l’autonomie
Le sujet de la « Maison d’Accueil du PAys de Redon » (ou MAPAR), c’est le logement. Cette association, créée en 1982, « propose aux jeunes de 16 à 30 ans des solutions d’insertion professionnelle, sociale, et citoyenne par le logement », peut-on lire sur son site. Les critères d’entrée sont larges. Hormis l’âge, il faut : être seul ou en couple ; travailler, être en formation ou poursuivre des études ; être en attente d’un stage ou d’un contrat de travail ; être porteur d’un projet d’insertion sociale ou professionnelle.
L’équipe de la MAPAR comprend notamment des travailleurs sociaux qui accompagnent les jeunes dans leur projet, propose des animations et des projets de mobilité internationale.
La MAPAR gère plusieurs résidences (autrement appelées « foyer de jeunes travailleurs » ou « habitat jeunes »). A Redon, se trouvent celle des «Chantebel» (47 logements avec cuisine collective), de «La Barre» (11 logements autonomes), «Le Liberté» (3 logements en T4, soit 9 chambres individuelles avec espaces communs), et bien sûr : le «Château du Mail» (31 logements) et «Les Châtaigniers» (42 logements). L’association gère aussi 10 logements à Bain-de-Bretagne.
A ce jour, toute demande d’admission est gelée. C’est une des conséquences des inondations : il faut d’abord parvenir à reloger les résidents actuels…
En savoir + : www.mapar.fr/ – www.facebook.com/laMAPAR
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A retrouver aussi dans le numéro de mars-avril 2025 une 3ème page spéciale « Inondations »