Une apparence impressionnante, une réputation sulfureuse, une pêche sportive… Le silure a tout pour susciter l’engouement que l’on observe depuis plusieurs années. Cactus fait le point avec Frédéric Bonnet de Pipriac, fin connaisseur de ce poisson et président de l’association Breizh Carna Club.
Cactus : Pourquoi le silure suscite un tel engouement ?
Frédéric : Le silure est très présent dans notre région. Avec un peu d’expérience, on rencontre peu de difficulté pour en attraper. C’est plutôt enthousiasmant pour un pêcheur. Et puis la pêche au silure est motivante. Les techniques de pêche sont relativement récentes. On trouve beaucoup de tuto sur Internet. Certains pêcheurs ont développé leur propre technique. Enfin, c’est la course aux records. La presse locale s’en fait l’écho dans beaucoup de régions.
Cactus : Vous êtes un des premiers à avoir pêché du silure. Comment ça s’est passé ?
Frédéric : On peut dire que c’était vraiment une rencontre fortuite ! Je pêchais au bouchon et avec un vif, pour attraper de la perche ou du sandre, sur Bourg-des-Comptes. J’attendais qu’il y ait des touches tranquillement. Et puis, j’ai eu une vraiment grosse touche… Je m’en suis bien sorti mais ça arrive qu’on perde sa canne tellement il est puissant. J’en connais certains qui accrochent leur canne à un arbre avec un cadenas ! Il faut dire, surtout quand on pêche depuis un bateau, que le silure s’ancre au fond. Un poisson de 2 mètres pèse dans les 100 kilos !
Ce jour-là, je découvrais -on devait être en 2006- qu’il y avait du silure en Vilaine. Ce ne fut pas mon record (qui est de 2 m 10) mais je m’en souviendrais toujours.
Cactus : Certains parlent du silure comme un monstre. Est-ce vraiment un monstre ?
Frédéric : C’est sûr, le silure est victime d’un délit de sale gueule ! Avec ses grandes moustaches (en fait huit barbillons) et sa gueule très large, sa longueur et son poids, relatifs à son âge (un poisson de plus de 2 m a dans les 30 ans), le silure ne peut qu’impressionner. Son physique joue en sa défaveur et alimente un procès à charge contre lui en permanence.
Pas des caniches...
Cactus : Pourquoi ?
Frédéric : On l’accuse un peu facilement de tous les maux. La disparition de l’anguille, des saumons, la diminution du sandre, ça serait lui ! En réalité, c’est un poisson opportuniste qui cherche avant tout des denrées faciles à capter. Il peut manger par exemple le ragondin et l’écrevisse, deux espèces qui pullulent par ici. C’est en particulier un bon régulateur de la brème, et même du poisson-chat. Mais pas des caniches, ni des baigneurs comme certaines rumeurs le laissent croire !!!
Cactus : Que provoque ce procès à charge contre le silure ?
Frédéric : D’abord des comportements tout à fait anormaux de la part de certains pêcheurs qui laissent des silures sur la berge après les avoir remontés. Tous les week-end, j’en vois qui se décomposent ! Certains les éventrent, d’autres les rejettent morts dans l’eau.
Le silure n’est pas un nuisible. Il prend sa part dans l’évolution de l’écosystème mais il n’en est pas l’unique responsable. Je participe à une étude qui s’intéresse au régime alimentaire des silures. Mais, plusieurs études montrent depuis les années 80 qu’ils ne causent aucun déséquilibre écologique majeur dans les eaux où il est présent.
La pêche est une activité géniale qui attire aujourd’hui beaucoup de jeunes. Mais, il est impératif d’adapter notre pêche à ce nouvel environnement et d’effectuer des prélèvements raisonnés afin de préserver la ressource de demain.
Frédéric Bonnet est président de l’association Breizh Carna Club qui organise notamment des sorties à thème avec des jeunes.
Frédéric anime également une chaîne Youtube :
Article publié dans le numéro de juillet-août 2021
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