Conseil lecture

2034. Une période de froid extrême s’abat sur l’Europe, condamnant les calmes rivages de l’ouest à se figer dans la glace la plus épaisse. Car le climat, au même titre que d’autres mesures, est un bon moyen de controler les populations trop avides de liberté. Bogdich, le président, ne se prive pas des atouts technologiques à sa disposition pour réduire en cendres tout embryon de liberté. Après s’être attaqué au climat, il anéantit toute possibilité de rêver ou de penser. Ses redoutables brigades Mange-Rêve traquent les sources de plaisir et de connaissance : livres, musique, journaux sont des armes anti-régime traquées dans les moindres recoins. Leurs propriétaires s’exposent au pire.

Dans cet environnement impitoyable, trois amis adolescents se retrouvent en première ligne. Leur prof de guitare a été sauvagement agressé, les parents ne donnent plus signe de vie, et le beau-père de l’une des trois serait membre des milices Mange-Rêves ! Accompagnés de deux grands-pères au passé d’aventuriers surentraînés, ils vont traverser la glace à bord de cataskis -le nouveau nom donné aux catamarans en cette période cauchemardesque où l’eau n’existe plus qu’à l’état solide- pour échapper aux tyrans et retrouver leurs proches. Mais bien des embûches parsèment leur aventure à la voile, et l’équipage, en route vers le nord, aura à subir bon nombre d’avaries.

Roman d’aventures et d’initiation à destination des adolescents, les Mange-Rêve, comme tout bon roman d’anticipation, propose aussi une réflexion sur la liberté et le pouvoir. Un souffle d’air (très) frais à recommander également aux adultes.

Les Mange-Rêve, l’Enfer Blanc (Tome 1 de la trilogie). Editions Slalom

 

Interview de l’auteur Jean-Luc Le Pogam

Bon alors, Jean-Luc, où as-tu bien pu aller chercher cette histoire de dérèglement climatique ?

Elle m’est venue il y a quelques années sous un précédent gouvernement du début des années 2000. J’ai vu soudain les clignotants des services publics et des aides diverses virer au rouge. En même temps, ceux de la culture passaient curieusement à l’orange.
Depuis, ça n’a fait qu’empirer. Or, pour moi, lorsque le Pouvoir s’en prend à l’école et à la culture, il a une suite dans les idées.
Quelques années auparavant, on échappait de justesse au FN. Aujourd’hui, l’abêtissement programmé ayant produit son effet, l’extrême-droite gagne partout du terrain en Europe, l’actualité nous le confirme tous les soirs. Mon pressentiment n’était donc pas tout à fait faux.

Le dérèglement climatique dont je parle dans Les Mange-Rêve n’en est pas réellement un. C’est pire, puisque c’est le Pouvoir en place, élu démocratiquement comme l’a été Adolf Hitler, qui a pris la main sur la nature. Ses ordinateurs gèrent donc le climat et la glaciation n’a d’autres buts que de ralentir puis mater la rébellion. J’ai trouvé cette solution plus radicale que la loi anti-casseurs ! (rires). Imaginez-vous Gilet Jaune à -30° !!! (rires)

C’est la Bretagne qu’ils traversent, nos aventuriers. Comment as-tu fait pour projeter ainsi notre région sous un climat polaire ?

C’est de l’Europe tout entière dont il s’agit. J’ai situé l’action en Bretagne car j’y vis, je la connais bien. Mais j’ai surtout voulu montrer que nulle part on ne peut se prétendre à l’abri.
Et puis j’ai toujours eu une imagination débordante. Mes profs me le reprochaient régulièrement à l’école et au collège !

Le Seagull et le Bugale, les deux catamarans transformés par la force des choses en « cataskis » occupent une place primordiale dans ton histoire. Tu ne serais pas un passionné de voile par hasard ?

J’avais 12 ans quand mes parents m’ont offert mon premier dériveur. J’ai ensuite navigué durant de longues années sur des “gros”. Je passais ma vie sur l’eau. J’y ai vécu quelques déboires…. Passé à deux reprises par dessus bord et récupéré chaque fois avec beaucoup de chance par les copains, c’est lorsque j’ai perdu mon meilleur ami dans la course transatlantique en double Lorient-Les Bermudes-Lorient que j’ai décidé de lever le pied. Naviguer plus tard avec mes enfants m’a appris qu’on pouvait faire de la voile-croisière, aller d’île en île et de profiter de la vie, peinard… J’ai pris cette option avant de revendre mon bateau quelques années plus tard. La page était tournée. N’en reste que les souvenirs, des embarquements spontanés pour quelques jours et une multitude d’autres pages… à écrire !

Et la suite, c’est pour quand ?

Avec mon éditrice, nous sommes actuellement dans les corrections de “La cible”, deuxième volume qui paraitra le 18 avril. Et là, je peux vous dire qu’on change de braquet, que ça envoie du lourd et que le lecteur ne sera jamais au bout de ses surprises !

Merci Jean-Luc !

 

Retrouvez l’article paru dans le N°26 de Cactus-Pays de Redon :