Ça sonne comme un titre de comptine, mais c’est le nom du bagad originel de Redon : les Souris blanches ! 1er bagad féminin de France… et premières aventures en dehors du domicile pour des dizaines de jeunes filles. Rencontres avec 5 des Souris blanches pour se rappeller qu’il y a 70 ans, bagad se conjuguait au féminin.
Si l’énergie actuelle des 5 anciennes musiciennes du bagad des Souris blanches est proportionnelle à celle qu’elles mettaient à taper sur les percussions ou à souffler dans les bombardes ou cornemuses, on peut dire que ça devait donner !
Fégréac -lieu du tout premier défilé du bagad dès 1956, son année de création-, La Baule (à l’occasion du pardon annuel), mais aussi, plus étonnant car éloigné de la terre Bretonne, Le Havre et Vichy en 1957…
Les Souris blanches commencent leur découverte d’un monde extérieur au domicile familial. « Il faut bien comprendre qu’on ne sortait pas comme ça à l’époque, surtout quand on était une jeune fille !, raconte Christiane. Certaines regrettent de ne pas avoir eu le droit de nous rejoindre, parce qu’on apprenait la musique bien sûr, mais on découvrait beaucoup d’autres choses ! »
Dès 9 ans !
Initié par Jos de Sonis, le bagad sera féminin ! Pourquoi ? Difficile de le dire. Peut-être est-ce lié à la personnalité de Soazig, la « penn-sonneuse », autrement dit la cheffe du bagad, qui a si bien poussé les premières recrues que le groupe perdure. Nicole, Christiane, Paulette, Marie et Jeannick qui prennent la pause devant Lucie, la photographe de Cactus, en compagnie de Morgane avec, exceptionnellement, une cornemuse, feront partie du bagad. Pour Christiane à partir de ses 9 ans ! Nicole, elle, en sera membre de 1959 à 1971. Les années sont très remplies. L’aventure est au bout de la bombarde !
Mais pourquoi les Souris blanches ? « On portait un « kabig », une veste traditionnelle qui avait été revisitée avec une petite poche cousue sur la droite, explique Nicole. Moi, je me servais de cette poche pour mettre quelques sous et aussi une anche de bombarde. Comme notre veste était blanche et que nous n’étions que des filles, les autres bagadou nous ont surnommées les Souris blanches ! »
Le succès est au rendez-vous. Un bagad 100 % féminin, ça plaît ! Les Souris sont très demandées. Les voyages s’enchaînent. Espagne, Autriche, Belgique, Allemagne (pour la fête de la bière !), les destinations sont incroyables pour des jeunes filles de Redon et sa campagne.
« Vous vous rappelez les filles ? On avait même été invitées à la télé à Paris ! se souvient Christiane. On avait dû jouer dans un studio pour l’occasion. Bon, comme les téléviseurs n’étaient pas encore répandus ici à l’époque, personne ne nous avait vues… »
Les voyages, les découvertes, les rencontres, tout cela a un prix. Il a fallu d’abord apprendre la musique en suivant des cours de solfège. Il fallait aussi apprendre à marcher au pas ! « Pour ça, on allait sur le chemin de halage pour apprendre à jouer en marchant… On nous demandait d’avoir une certaine discipline. »
« Je me souviens que j’avais commencé à travailler et, qu’une fois, on était revenues à 6h45 du matin à Redon. Mais, je devais être à 8h30 au travail ! », raconte Jeannick. Pour Christiane, un peu plus jeune, « ce n’était pas toujours facile car, de retour à l’école, on se prenait des remarques des sœurs bleues (1)… ».
En 1984, le bagad féminin s’arrête. 10 ans plus tard, le bagad repart sous sa forme actuelle… mixte ! Actuellement, il est composé très majoritairement d’hommes. Morgane est une des 7 musiciennes. Joueuse de bombarde depuis ses 10 ans, elle a rejoint le bagad Nominoë en 2023 et fera partie d’un bagad féminin éphémère recomposé à l’occasion d’un défilé qui traversera la ville le samedi 28 mars de 15h à 17h, du Ciné Manivel à l’amphithéâtre urbain, pour remettre à l’honneur les origines du bagad de Redon.
(1)Nom donné aux religieuses de la congrégation de l’Immaculée conception de Castres qui ont enseigné à Redon pendant 70 ans.
> Retrouvez le programme des 70 ans dans l’agenda papier de mars-avril et numérique ICI
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A retrouver en version papier dans le numéro de mars-avril 2026