De l’accordéon sur la banquise

Pour Sébastien Baron, cette période de confinement aura été un accélérateur de projet. Assigné à résidence sur son bateau du port de Redon et privé des spectacles qu’il joue habituellement en tant qu’artiste, il a profité des deux derniers mois pour faire avancer son projet d’expédition au Groenland. Un vrai bol d’air très salutaire.

Crédit photo : Sébastien Baron

Sébastien, trois ans après ton précédent voyage en voilier jusqu’au Cap Vert depuis Redon, tu te lances dans le projet de rejoindre le Groenland à bord de Poussin, un petit voilier de 6 m… Comment et depuis quand t’est venu ton goût pour la mer ?

La soif de liberté et l’amour de la Nature sont présentes en moi de manière assez profonde, et ce depuis toujours j’ai l’impression. J’aime aussi les défis en tous genres. Et puis se déplacer grâce au vent, c’est si poétique ! Le fait d’être né et d’avoir vécu en Bretagne n’y sont pas pour rien non plus, les voiliers m’ont toujours fait rêver. Les voir me donnait envie d’embarquer.

En 2009, j’étais loin du milieu des marins, j’étais tourné vers la création et le spectacle vivant. Mais, à la suite d’une histoire personnelle un peu houleuse, j’ai acheté un petit voilier de 8,50 m pour y habiter et pour pouvoir vivre pleinement la navigation au quotidien. Aussitôt, les projets de navigation lointaine ont commencé a trotter dans ma tête. Quand j’étais ado, je me disais qu’un jour, je partirais un an en voilier pour faire le tour du monde, après avoir vu un documentaire sur une famille qui l’avait fait.

Le voilier qui vient d’être dessiné par Sébastien Roubinet, architecte naval et explorateur, symbolise à lui seul le caractère écologique de ta démarche. Dis-nous comment tu vas vivre dessus ?

Simplement, ça c’est sûr ! Il n’y aura pas le choix de toute façon, et c’est tant mieux.

Créer sa propre eau douce

Concrètement, le choix d’un petit bateau va dans le sens de diminuer les besoins, j’ai envie de montrer que l’on peut faire de grands voyages avec peu de moyens. Qui dit peu de moyens, dit peu de matériaux à la construction, peu d’entretien, donc moins d’impact sur l’environnement, moins de besoin d’énergie.

Avec l’équipe qui se constitue autour du projet, on essaie de trouver des techniques écologiques. On envisage par exemple d’utiliser un dessalinisateur manuel pour créer de l’eau douce à bord. Au Groenland, je pourrai récupérer l’eau dans les ruisseaux ou des morceaux de glace. C’est sûr, ici je ne le ferais pas… On a l’idée aussi d’utiliser un pédalier pour faire de l’exercice physique, donc se réchauffer, et produire de l’électricité, en plus des panneaux solaires, pour le moteur électrique hors bord.

L’espace est tout petit et le salut va surtout résider dans les vêtements, la bouillotte, l’activité physique. Et des idées de bon sens comme l’utilisation d’un coton-tige unique et lavable plutôt que jetable, ou encore des éponges faites avec des collants usagés.

Crédit photo : Sébastien Baron

Parcourir plus de 3000 kilomètres pour jouer de l’accordéon sur la banquise, qui est ton défi, est-ce bien raisonnable alors que tu peux trouver facilement des copains pour jouer dans le coin ?

Ah Ah Ah ! C’est sûr, il y a des chances que ce soit un solo d’accordéon, mais la nature chante elle aussi. Alors on va dire que je vais l’accompagner. Et puis je compte bien taper le boeuf avec des musiciens Groenlandais. Ca va me rappeller des moment partagés en Tunisie ou encore au Cap Vert.

Je compte bien mettre en place des ateliers artistiques pour les enfants comme j’ai pu le faire au Cap Vert lors de mon précédent projet mené 2017 (« L’effet indigo »), à travers un échange entre une classe de l’école de l’île de Groix et des enfants de quartiers défavorisés à Mindelo au Cap Vert.

Teaser de L’Effet Indigo, spectacle jeune public à partir de 5 ans

Pour moi, la finalité concrète de ce nouveau projet au Groenland, c’est la création d’un spectacle. Une forme artistique entre le documentaire et le ciné-concert, joué à l’accordéon.

Ton projet, que tu souhaites concrétiser dans deux ans, est à la fois une réelle expédition et un projet artistique. Tu ne peux pas imaginer “seulement” voyager ou “seulement” imaginer un spectacle ?

Je suis un peu un touche-à-tout. J’essaye de me soigner d’ailleurs, pour ne pas perdre le cap. Mais, c’est assez naturellement que j’essaye de mélanger mes différentes passions pour en faire un tout. Et je me rends compte que tout se lie.

Seulement voyager, j’ai un peu de mal à me faire à l’idée, j’ai besoin d’un projet associé. Ca me donne l’impression de mettre du sens à mon voyage et donc à ma vie. Et si ça peut faire rêver, réfléchir, voyager, bah c’est top !

Seulement imaginer un spectacle, je l’ai déjà fait. C’est déjà un voyage en soi. Le spectacle m’a emmené en voyage en Nouvelle-Calédonie, à l’autre bout du monde. Je crois d’ailleurs que c’est là que le virus du voyage s’est cristallisé en moi. Aujourd’hui c’est un voyage qui va engendrer un spectacle.

C’est par l’émotion que suscite le spectacle que tu penses arriver à sensibiliser le public aux questions du développement durable ?

Le lieu de “pèlerinage” n’est pas complètement anodin. C’est en Arctique que les effets du réchauffement climatique se font le plus sentir, avec un fort impact sur les écosystèmes et les populations locales. Je pourrais sans doute mieux en parler à mon retour mais on a tous désormais l’image de l’ours polaire en difficulté pour sa survie.

J’ai envie de partager mon expérience et proposer aux gens de s’enrichir intérieurement grâce aux pratiques artistiques. L’Art est une source inépuisable et universelle, c’est bon pour soi et c’est bon pour la planète !

Atelier de confection de marionnettes à Mindelo, Cap Vert. Des cadeaux pour les copains de l’île de Groix !

A noter

Le projet initié par Sébastien s’appelle Un Poussin sur la Banquise et est porté par L’Insolite Compagnie. Sébastien recherche des partenaires. + d’infos ICI

D’autres vidéos sur la précédente aventure de Sébastien sont à découvrir ICI.

Cet article a été également publié dans le magazine papier de mai-juin 2020 de Cactus-Pays de Redon (numéro à lire en version numérique ICI)