Redon… une parenthèse ?

Prenez 17 jeunes inscrits dans le dispositif Garantie Jeunes à la Mission locale du Pays de Redon et Vilaine, réunissez-les sur une journée avec un spécialiste de la “cartographie subjective”, interrogez-les sur le territoire sur lequel ils vivent. Reportez leurs observations sur une carte et vous obtenez… une carte à ne pas distribuer dans les offices de tourisme. Explications.

La ville de Redon entourée de chaque côté par deux grandes parenthèses, c’est la première chose qui frappe quand on regarde la carte que vient d’éditer la Mission locale du Pays de Redon. Première explication fournie par un des jeunes : “Redon est censée être une parenthèse dans notre vie, on n’a pas forcément envie d’y rester car on s’y ennuie !

L’ennui, thème central de la présentation faite ce jour par le groupe. Le terme a même inspiré Maël qui a écrit un texte reproduit sur la carte. C’est cela une carte subjective : “la démarche pour réaliser cette carte est un juste un moyen d’expression pour certaines personnes qui n’ont pas l’habitude ou la possibilité de s’exprimer publiquement“, glisse Guillaume Carreau, le professionnel qui a mené ce travail avec le groupe. (En savoir +)

L’ennui, est-ce le fait de ne rien vouloir faire ou n’y a-t-il réellement rien à faire ? / Peu importe, ta vie, tu seras toujours rattrapé par l’ennui. Alors, faut-il apprendre à vivre avec ou faire en sorte qu’il passe ? / L’ennui me saisit d’un coup. Et là c’est le vide qui se fait sentir / Le vide sur ma feuille (suite sur le plan)

L’autre élément principal de cette carte originale est la représentation qui est faite de l’ensemble du territoire. Jugez plutôt :

 

Que voit-on ? Redon… et le désert. Même la partie orientale de Redon est nommé “Redon vide”. Sixt-sur-Aff, Allaire, Fégréac, mais toutes les communes rurales seraient ainsi représentées, ont pour repère une vache. St-Dolay, Guémené-Penfao, La Gacilly, entre autres, sont comme des îlots, “submergeant” au coeur du “bayou breton”, expression utilisée par les concepteurs.

Ces communes où l’on vit comptent peu ou pas de commerces, ont plus de champs que de maisons…“.

Quel enseignement tirer de cette carte ? D’abord, elle est, comme son nom l’indique, “subjective”. Ce n’est que leur vision. D’ailleurs, leur perception n’est pas aussi caricaturale que pourrait le laisser penser la carte. Deux jeunes originaires de Redon se sont un peu désolidarisés des autres quant la ville-centre du Pays de Redon était passée au grill… “J’ai vécu trois ans dans un petit village de la Beauce ! Vas-y et tu vas savoir ce que c’est l’ennui !“, a même expliqué un des deux.

A contrario, ce n’est pas parce qu’elle est “subjective” qu’elle est inintéressante. Les quelques élus présents lors de cette présentation l’ont remarqué d’ailleurs. Cette représentation est évidemment partiale (et partielle), mais elle en dit long par exemple sur les difficultés de mobilité dans le Pays de Redon. Une problématique qui préoccupe la Mission locale depuis toujours. (Des actions sont mises en place pour tenter de corriger ces difficultés)

Aucune liaison n’est représentée entre Redon et les communes qui composent le Pays de Redon. Seule la ligne de chemin de fer permet de s’échapper vers Rennes et Nantes, mais pas Vannes. L’une des participantes avoue n’avoir jamais vu l’Intermarché au nord de Redon ; elle habite dans un village de St-Dolay.

Les équipements publics existent sur le territoire : espaces jeunes, salles de sports, skate park, cinéma, piscine… Mais, c’est comme s’ils n’étaient pas aussi accessibles qu’on pourrait l’imaginer. Le constat -sévère (le quartier de Bellevue, profondément rénové et restructuré, n’existe plus pour plusieurs jeunes…)- dressé par le groupe est en tout cas l’émergence d’une parole libre, spontanée, à prendre pour ce qu’elle est.

La carte n’est pour le moment pas à disposition, en dehors de la Mission locale.