
Pour que le jeu de palets n’ait plus de secret pour vous, Jacques Quinton nous initie aux subtilités de cet art de vivre !
Lors d’une randonnée dans le Vaucluse, à l’approche d’un hameau aux toits de tuiles rouges, j’entendis un bruit étrange, un toc… toc mat et répétitif, ponctué par des éclats métalliques. Cette musique-là qui franchissait un mur de pierres sèches était celle de mon enfance, celle que j’entendais dans la cour des Portes Mordelaises, à Rennes, près du café de mes grands-parents. Ce son reconnaissable parmi tous était celui du jeu de palets. Chant iconoclaste aux portes de la Provence. Pas de doute, derrière ce mur, il y avait certainement, au pays de la pétanque, un repaire de gars de Haute-Bretagne. La vue d’une vieille R16 immatriculée 35 confirma mon intuition. Mu par la curiosité et un soudain et irrationnel besoin de retrouver des « Pays », je poussai une vieille porte de bois qui donnait sur un immense jardin dominé par un tilleul centenaire. A l’ombre de celui-ci, trois joueurs de palets. Ils se tournèrent vers l’intrus.
« Pardon, j’ai entendu, depuis le chemin, que vous jouiez aux palets, je suis de Redon, je me suis permis d’entrer ».
Le nom de Redon fut un sésame ouvrant les portes de la communauté. On parla de Redon, de Fonfonse le marinier qui, dans les années 60, faisait souvent escale à Pont-Réan avec sa péniche chargée de sable, du Stade Rennais qui rata son premier match de la saison et de la saucisse du coin qui ne valait pas celle de Laillé. On s’excusa de ne pas me proposer un coup de cidre. Il n’aurait pas supporté le voyage. On se consola avec une anisette bien diluée. « Tu sais jouer aux palets, je suppose ? ». Je fis le quatrième pour un retour vers les bords de Vilaine et les souvenirs d’enfance.
Le jeu est simple. Les règles sont à peu près les mêmes que pour la pétanque, mais à la différence près que le terrain se limite à une planche carrée en bois de peuplier de 70 cm de côté et épaisse de trois centimètres. Le joueur situé à cinq mètres de la planche jouera avec deux palets en fonte de 55 mm de diamètre d’un poids de 155 grammes maximum. Le but est de se rapprocher le plus du « maître », un palet de 45 mm décoré généralement d’une étoile. Celui qui lance « le maître » appartient à l’équipe (doublette ou triplette) qui a gagné les points précédents. La partie se joue généralement en 11 points.
Mais si tout le monde peut s’improviser joueur de pétanque, devenir joueur de palets nécessite une adresse qui s’acquiert au cours du temps, car la première fois que vous tentez de lancer la galette de fonte sur la planche, le palet se met à godiller et a toutes les chances de se retrouver en dehors de la planche. Il faut donc acquérir le bon geste pour bien attaquer la planche et éviter que le palet valse sur le carré de peuplier et finisse dans l’herbe ou sur la terre. Ce jeu emblématique du Pays Gallo se transmet de génération en génération, parfois le dimanche après le repas de famille, dans les cours ou les arrière-salles de café, mais aussi lors des fêtes de village et les kermesses.
Cet été, si vous vous baladez en Pays de Redon, vous aurez l’occasion de découvrir ce jeu traditionnel dans différents lieux. Alors, un conseil, n’hésitez pas à vous initier auprès des adeptes du palet. Ils se feront certainement un plaisir de partager avec vous ce moment de convivialité.
Aujourd’hui la pratique du palet connaît un renouveau. On peut se procurer une planche et un jeu de 13 palets à partir de 60 € dans différents magasins de sport.
Jacques Quinton
Fête de l’île aux Pies, les 29, 30 et 31 juillet
Les vendredis soir à la Taverne des Korrigans, rue Saint-Michel à Redon.